1915-1957 / Français
J'ai bien du mérite à rester chez mon père, qui
fait tout pour me contrarier. Je ne dors même plus dans le coffre à linge, on
ne me concède que le cellier rempli de tessons. Encore pendant la nuit mon père
m'ajuste-t-il à chaque pied ses deux grandes pinces qui me tiennent éveillé
jusqu'au matin. Je ne puis crier, sans cela ce sont les sangsues qui rayonnent
autour de mon front comme une couronne. Il laisse aussi passer de petits nuages
par une sorte de tuyau à la hauteur de mon nez, qui font apparaître des lions,
des mandragores ou des porcs-épics (pas toujours). Je suis envahi. Ma mère,
qui souffre en silence pour moi, passe à travers les pièces en glissant, la
tête cachée sous un voile noir.
Le dimanche, c'est la corvée d'angoisse, c'est dire si j'appréhende la fin de
la semaine. Il me mène au bord d'un gouffre, cent à cent cinquante mètres (nous
sommes dans un pays de faible relief), attaché par un cordon assez mince pour
me causer des frayeurs inouïes à chaque geste que je fais, assez solide pour
me retenir au vieil arbre pourri qui craque lentement [...].
A. Frédérique in Histoires Blanches
La
légende des siècles
Le séminariste
Appareil
Les créatures
Don Juan
L'enfant boudeur