Aphorismes, 1789-1793

(extraits)

Il n’était point esclave de sa parole, comme on a coutume de dire ; au contraire, il exerçait sur ses promesses un tel despotisme qu’il en faisait ce qu’il voulait.

Chaque idée mâle trouvait sa femelle. Ou bien les idées dans sa tête devaient avoir été uniquement des mâles ou uniquement des femelles. Car il n’en sortit jamais une idée nouvelle.

On peut parfaitement vivre dans le monde en faisant des prophéties, mais non pas en disant des vérités.

J’ai regardé le registre des maladies, et je n’ai pas trouvé les soucis, ni les idées tristes, c’est très injuste.

L’on n’est jamais aussi heureux qu’en possédant la certitude puissante de vivre exclusivement dans ce monde-ci. Le malheur, c’est d’exister non pas dans un univers – celui-ci – mais dans une foule de chaînes et de relations qu l’imagination se crée soutenue par la conscience. C’est ainsi que s ‘écoule une partie de mon temps et aucun raisonnement n’est en mesure de remporter la victoire sur ce fait.

Je suis persuadé que les autres ne sont pas seulement le lieu où on s’aime soi-même, mais aussi celui où l’on se hait.

Cet homme avait tant d’intelligence qu’il n’était presque plus bon à rien dans la vie.

Il y a une grande différence entre croire encore quelque chose et le croire de nouveau. Croire encore que la lune exerce une influence sur les plantes trahit la sottise et la superstition. Mais le croire de nouveau est une preuve de philosophie et de réflexion.

L’ivresse, comme la peinture, comporte une partie mécanique et une partie poétique ; l’amour aussi d’ailleurs.

" Si on n’est pas né, on est libéré de toutes les souffrances ", c’est là sans doute une des plus étranges associations de mots dont le langage humain soit capable.

Au nom du Seigneur, incendier, brûler, assassiner et transmettre tout au diable au nom du Seigneur.

Dans ce vieux visage délabré, on voyait encore les traces du monde heureux de jadis. Sur la joue glacée, plus d’une grâce pouvait avoir mené son jeu mutin, quand la neige de la tête courbée l’eût fait fuir.

- Vous êtes devenu bien vieux !
- Oui, c’est généralement le cas quand on vit longtemps. 


G.C. Lichtenberg, in Aphorismes
(Illustrations d'Albrecht Dürer)