On veut voler mon nom

  Tandis que je me rasais ce matin, étirant et soulevant un peu mes lèvres pour avoir une surface plus tendue, bien résistante au rasoir, qu'est-ce que je vois ? Trois dents en or ! Moi qui n'ai jamais été chez le dentiste.
  Ah! Ah!
  Et pourquoi ?
  Pourquoi ? Pour me faire douter de moi, et ensuite me prendre mon nom de Barnabé. Ah ! ils tirent ferme de l'autre côté, ils tirent, ils tirent.

  Mais moi aussi je suis prêt, et je LE retiens. " Barnabé ", " Barnabé ", dis-je doucement mais fermement ; alors, de leur côté, tous leurs efforts se trouvent réduits à néant.


Henri Michaux, in Lointain intérieur, 1938