Jean Arp
1887-1966 / Français
"Le squelette était joyeux comme un fou à qui on enlève sa camisole de force. C'était pour lui une délivrance de pouvoir se promener sans le fardeau de la chair. Les moustiques ne le piquaient plus. Il n'avait plus besoin de se faire couper les cheveux. Il n'avait ni faim, ni soif, ni froid, ni chaud. Il était loin du lézard de l'amour et de ses bourgeois, loin du lait des concubines, loin de la morve de lune. Les champignons-ténors qui poussaient sur les méridiens ne le préoccupaient plus. Un allemand, un professeur de chimie, qui se proposait de le convertir en délicieux ersatz, dynamite, confiture de fraises, choucroute garnie... etc., le guetta pendant un certain temps. Le squelette sut facilement le dépister en laissant tomber l'os d'un jeune zeppelin sur lequel le professeur se rua en récitant des hymnes chimiques et en couvrant l'os de chauds baisers légèrement incestueux."
J. Arp, Le squelette sans tête (chap. 4), roman collectif, 1939
in Jours effeuillés, 1920-1965
Firi
Et frappe et frappe et frappe
L'insonore bleu
L'âge l'éclair la main et la feuille
Est-ce que ça se recroqueville
Bestiaire sans prénom