Lit d'Orties
- Si vous m'aimez vraiment, lui dis-je, prouvez-le.
- Que faut-il faire, dit-elle. Il me semble que je serais capable de transporter des montagnes pour vous convaincre.
- Ce sera plus simple, dis-je, voilà : faites dans votre chambre un bon lit d'orties bien tassé, déshabillez-vous et attendez-moi.
Quand j'entrai, elle était debout, les mains encore gantées.
- Vous avez mis des gants, dis-je, déçu.
- Mais, dit-elle, vous ne m'aviez pas dit...
- Bon, bon, dis-je. Gardez-les. Prenez la peine de vous étendre.
Elle se laissa tomber sans façon.
Cela me parut louche. Quant à moi, je pris toutes les précautions pour éviter les piqûres et finis par me glisser sur elle non sans peine. Sous les caresses rugueuses de ses vieux gants je perdis bientôt tout contrôle. Nous gigotâmes tant et si bien que les feuilles sans doute couchées sur le dos se dérangèrent et se mirent à piquer. Le plaisir, venant, elle ne voulait plus me lâcher. Et nous étions là, roulant l'un sur l'autre, à qui reprendrait la bonne place, avec des cris de possédés.
Quand je parvins à me dégager, elle dormait déjà.
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Pierre Bettencourt in Fables fraîches pour lire à jeun, Editions Lettres Vives, 1986
Papillon de J. Dubuffet