Commémorons n'importe quoi

 

Cyclopède : Si vous le voulez bien, nous commémorons ce soir le centenaire de la mort du grand savant français Jean-Pierre Démoral. De même que Louis Pasteur inventa la pasteurisation, c'est à Jean-Pierre Démoral que nous devons la démoralisation, et je dis bravo.

Démoral (Desproges) (sous les vivats de la foule) : Merci... Merci beaucoup... Merci...

Cyclopède : Jean-Pierre Démoral commença humblement ses expériences sur sa logeuse, Mme Brouchard, qu'il démoralisa le 12 Septembre 1847.

Concierge : Y fait beau.

Démoral : Ca va pas durer.

Concierge : Je suis démoralisée.

Cyclopède : Encouragé par ce premier résultat, il découragea un an plus tard le sous-préfet de l'Isère.

Sous-préfet : Y fait beau.

Démoral : Ca va pas durer.

Sous-préfet : Je suis démoralisé.

Cyclopède : Au sommet de sa carrière, Jean-Pierre Démoral réussit même à démoraliser le dernier tsar de toutes les Russies, Nicolas II.

Nicolas II : Y fait beau.

Démoral (sur fond de révolution soviétique : L'internationale) : Ca va pas durer.

Nicolas II : Je suis démoralisé-skaïa.

Concierge : Seule ombre à sa gloire, Jean-Pierre Démoral ne parvint jamais à démoraliser l'escargot de Bourgogne.

Démoral (à l'escargot) : Y va pleuvoir

L'escargot : Hi !Hi !Hi !

Cyclopède (triste sous un parapluie) : Etonnant, non ?



Pierre Desproges in La minute nécessaire de Monsieur Cyclopède, 1982