Roland Dubillard

Né en 1923 / Français

J'ai d'abord écrit le premier acte de Naïves Hirondelles, puis j'ai arrêté pour faire Si Camille me voyait... parce que j'avais besoin d'argent pour aller en vacances avec mes fils et ma femme. Jean Tardieu (qui s'est occupe de la radiodiffusion française, ndlr) m'avait commandé cette pièce, elle a été conçue pour la radio avec des choses impossibles à représenter sur scène. L'absurde, ce n'est pas mon affaire. Il y a un excès de logique, parfois, dans la vie. Si Camille me voyait... est plus dans le rêve que dans la réalité. Il y a une instabilité de la pièce. C'est un voyage, une odyssée. L'apparence trompe tout le temps. C'est une opérette radiophonique en vers et sans musique a laquelle on a ajouté une musique de Georges Delerue au moment ou la voiture se met en marche. Il y avait des trappes au théâtre d'ou surgir n'importe quand. La métamorphose de Denise en jument est très difficile à représenter sur scène. L'emploi des vers est pour faire rire. C'est en vers de sept syllabes, à des moments, comme les comptines: Une poule sur un mur/ Qui picotait du pain dur. C'est un peu comme ça qu'il faudrait le jouer, mécaniquement. Si Camille me voyait... a un rapport avec Lewis Carroll. Tardieu n'écrivait pas à ce moment-là, c'est plutôt Queneau qui me plaisait. Il était comme moi, Raymond Queneau, il ne se prenait pas au sérieux, mais son œuvre tient quand même toute seule avec un sens. Je n'ai pas eu de plan pour l'écrire, j'ai commencé au début et ca s'est fait, c'est tout. J'écris pour être joué. Et, même, les pièces que j'ai jouées, pour le plaisir de les jouer. Parfois, c'est tout le contraire, c'est l'écriture qui m'intéresse. Dans Olga ma vache, la dernière phrase résume ma façon de voir, elle dit: Les problèmes qui sont des faux problèmes, il faut les résoudre quand même. (La dernière phrase d'Olga ma vache, texte de 1948, est exactement: J'avais appris a croire que je savais résoudre les faux problèmes, ndlr.) C'est un peu le sens de mon écriture. Il y a un machin qui ne marche pas. Il faut essayer de résoudre la difficulté. Mais elle demeure. On se jette à l'eau, c'est tout, en espérant qu'on pourra nager.

Entretien avec M. Lindon paru dans le journal Libération du 23 Oct. 1997


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